Je
pense surtout au phénomène
d'actualité que constitue-la culture du
single.
Dans
son vocabulaire de base (juste sous le
titre
de la
rubrique, l'individualisation), on trouve des concepts
comme le narcissisme, l'ego, le culte du soi, l'orientation
vers le vécu, le contact par la superficie...
....que
nous apprennent les études démographiques
à propos des courants les plus récents en
matière
de
modes de vie
dans
les grandes
cités.
Il existe des villes comme New York, Paris, Munich et
d'autres, dont l'image est typique des courants de
l'ensemble de
l'hémisphère
occidental. Depuis les
années quatre-vingt, on compte entre 50 % et 60
d'habitants
qui vivent
seuls dans ces villes. Lorsque
l'on a une culture philosophique, on ne peut pas, dans
ce contexte, ne pas penser aux
paroles de Nietzsche sur le «dernier homme ». .....Nietzsche
voulait offenser le petit-bourgeois des derniers
jours, l'éternel philistin
avec ses pitoyables
excursions vers les
cimes -
une provocation
qui
repose sur la conviction élitaire que
la
joie de vivre
des gens insignifiants est toujours une bassesse.
Aujourd'hui, où que tu regardes, tu vois apparaître de
tout
autres espèces de « derniers hommes ». Chez
eux, les provocations de Nietzsche tombent -à plat. Le
type du « dernier homme » auquel je pense
est aujourd'hui en
passe
de devenir majoritaire.
Le « dernier homme », c'est le consommateur mystique :l'utilisateur
intégral du
monde
-
c'està-dire
un
individu qui ne se reproduit pas, mais jouit
de
lui-même comme d'un état final
de l'évolution.
Ce
type humain peuple aujourd'hui les grandes villes
du monde moderne. On voit ainsi
apparaître une
sorte de
: dévotio postmoderna,
je veux dire
de
recueillement de l'individu face à
lui-même.
Je sais bien
que tous
les
singles ne
sont-pas des mystiques informels ou des égoïstes
généreux. Le single
proclamé
que je décris est une
valeur
limite d'un
phénomène involontaire. Mais ce
qui m'importe,
c'est de brosser les grands traits de
ce
type humain, pour
que l'on voie de quoi il s'agit.
Je pense d'abord à
celui qui mène sa vie en solitaire
comme s'il
s'agissait d'une philosophie de l'existence,
qui est en quelque
sorte le moine d'une incrédulité,
l'incrédulité
à l'égard des liens sociaux. Celui-là ne
met qu'un seul
axiome en pratique :
les jouissances
de
l'instant sont
effectivement des jouissances de
l'instant. Le
single,
c'est le moine vide,
le Carré noir
sur deux jambes. il
veut être libre, et c'est la
raison pour laquelle il opte
en faveur de l'absence de conséquences
dans tout ce qu'il vit. Mais il veut continuer à vivre
..
Bref, l' allusion au type du single -proclamé était censée
montrer ce qui constitue le phénomène de pointe
de toute l'évolution
:
le
contemporain typique, c'est
le
« dernier homme » volontaire qui parodie le monachisme.
Ce que l'on avait à apprendre dans le fait de
se retrouver seul avec Dieu. on le transpose
aujourd'hui
à l'existence dans les grandes villes, une vie en solitaire
avec un néant meublé.....