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...aux acteurs de cette party de suicidaires                          Peter Sloterdijk   

 

 Je pense surtout au phénomène d'actualité que constitue-la culture du single. Dans son vocabulaire de base (juste sous le titre de la rubrique, l'individualisation), on trouve des concepts comme le narcissisme, l'ego, le culte du soi, l'orientation vers le vécu, le contact par la superficie...

....que nous apprennent les études démographiques à propos des courants les plus récents en matière de modes de vie dans les grandes cités. Il existe des villes comme New York, Paris, Munich et d'autres, dont l'image est typique des courants de l'ensemble de l'hémisphère occidental. Depuis les années quatre-vingt, on compte entre 50 % et 60 d'habitants qui vivent seuls dans ces villes. Lorsque l'on a une culture philosophique, on ne peut pas, dans ce contexte, ne pas penser aux paroles de Nietzsche sur le «dernier homme ». .....Nietzsche voulait offenser le petit-bourgeois des derniers jours, l'éternel philistin avec ses pitoyables excursions vers les cimes - une provocation qui repose sur la conviction élitaire que la joie de vivre des gens insignifiants est toujours une bassesse. Aujourd'hui, où que tu regardes, tu vois apparaître de tout autres espèces de « derniers hommes ». Chez eux, les provocations de Nietzsche tombent -à plat. Le type du « dernier homme » auquel je pense est aujourd'hui en passe de devenir majoritaire. Le « dernier homme », c'est le consommateur mystique :l'utilisateur intégral du monde - c'est­à-dire un individu qui ne se reproduit pas, mais jouit de lui-même comme d'un état final de l'évolution.  Ce type humain peuple aujourd'hui les grandes villes du monde moderne. On voit ainsi apparaître une sorte de : dévotio postmoderna, je veux dire de recueillement de l'individu face à lui-même.

Je sais bien que tous les singles ne sont-pas des mystiques informels ou des égoïstes généreux. Le single proclamé que je décris est une valeur limite d'un phénomène involontaire. Mais ce qui m'importe, c'est de brosser les grands traits de ce type humain, pour que l'on voie de quoi il s'agit. Je pense d'abord à celui qui mène sa vie en solitaire comme s'il s'agissait d'une philosophie de l'existence, qui est en quelque sorte le moine d'une incrédulité, l'incrédulité à l'égard des liens sociaux. Celui-là ne met qu'un seul axiome en pratique : les jouissances de l'instant sont effectivement des jouissances de l'instant. Le single, c'est le moine vide, le Carré noir sur deux jambes. il veut être libre, et c'est la raison pour laquelle il opte en faveur de l'absence de conséquences dans tout ce qu'il vit. Mais il veut continuer à vivre ..

Bref, l' allusion au type du single -proclamé était censée montrer ce qui constitue le phénomène de pointe de toute l'évolution : le contemporain typique, c'est le « dernier homme » volontaire qui parodie le monachisme. Ce que l'on avait à apprendre dans le fait de se retrouver seul avec Dieu. on le transpose aujourd'hui à l'existence dans les grandes villes, une vie en solitaire avec un néant meublé.....

Extraits d' ESSAI D'INTOXICATION VOLONTAIRE de PETER SLOTERDIJK

une série de trois livres serait en cours de traduction ....série appelée "Bulles"

... données fournies par Linda, Groupe IRIS

06.10.02/ 519

 
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