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Entre-Vues ....
co-développement inter-personnel ... maïeutique
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Dossiers :
de l'homme en coques |
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Présentation :...recueil
de textes .. dans l'esprit d'Entre-Vues ... Parole Ouverte ... de
la relation éducative parents-enfants
Extraits :
Le sillage de Madeleine Daniélou..
...L'action engagée, un appel à l'éducation
selon l'Esprit
« L’art
d’éduquer selon Edith Stein », par Eric de Rus ....
la formation se fait de l'intérieur vers
l'extérieur.
en
z
relations
.... l'homologos ...
Café théologique .....
Pratiquer le débat-philo à l'école
http://ensemble2generations.free.fr/index.htm
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Enseigner aujourd'hui ! Le sillage de
Madeleine Daniélou..
Actes du Colloque
L'engagement éducatif, un agir chrétien ou Y
a-t-il une pratique chrétienne de l'engagment éducatif ?
Mgr Claude Dagens .....
de
l'engagement éducatif dans la société et dans l'Eglise, avec deux notes
dominantes :
- Cet
engagement est mis en oeuvre de l'intérieur de la foi chrétienne, et de
la foi
vécue comme
un principe de compréhension et de discernement.
- Cet
engagement donne la priorité non pas aux formes institutionnelles,
mais
aux
personnes, aux personnes des jeunes et à celles des éducateurs et
des éducatrices.
a vécu le
combat de la foi comme un engagement prioritairement éducatif.
Parce
qu'elle-même avait perçu très jeune que le christianisme n'est pas un
système qui
s'imposerait de l'extérieur, mais qu'il est d'abord un appel non
seulement à vivre
autrement,
mais à comprendre autrement le monde et soi-même.
l'Eglise avait
mieux à faire : elle devait s'engager dans le domaine de
l'enseignement, en faisant appel aux ressources de la foi, et de la
foi vécue comme une
capacité de
comprendre toutes choses dans une autre lumière, celle du Christ, le
Fils, envoyé
par le Père
« non pas pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par
Lui »
(Jean 3,
17).
Actualité d'une inspiration Marguerite
Léna
Enseigner, éduquer:l'obligation de l'avenir Isabelle
Bochet
L'action engagée, un appel à l'éducation selon l'Esprit Sylvie
de Pontual

La musique : un langage qui ouvre à
l’expérience de Dieu
Entretien avec le bénédictin Jordi-Agustí Piqué Collado
ROME, vendredi 13 octobre 2006 (ZENIT.org)
– La musique est bien plus qu’un simple ornement pour la liturgie.
C’est la conclusion de la thèse de doctorat que vient de défendre
l’Espagnol Jordi-Agustí Piqué Collado, o.s.b., moine de l’abbaye de
Montserrat.
J.A. Piqué a obtenu un doctorat de théologie à l’Université
grégorienne de Rome en 2005. Il a publié divers articles de recherche
théologique et des compositions musicales.
Dans cet entretien accordé à Zenit il explique comment le langage de
la musique peut ouvrir les hommes et les femmes de notre temps à
l’expérience de Dieu.
Zenit : La théologie et la musique ont-elles toujours dialogué ou
ces deux disciplines se sont-elles unies à un moment concret de
l’histoire ?
J.A. Piqué : La musique a toujours été présente dans la
célébration du culte chrétien. Le chant, comme l’un des éléments
fondamentaux, comme base de toute prière liturgique, confère bien plus
qu’un simple ornement ou un caractère solennel à la célébration, comme
le souligna Pie X dans son Motu Proprio « Parmi les
sollicitudes » (1903) sur la musique sacrée.
Voici une explication possible de ce dialogue : si la théologie
prétend dire une parole, une chose compréhensible sur le Mystère
ineffable de Dieu et la musique aide à comprendre, à célébrer, à
participer à ce Mystère, spécialement lorsqu’elle s’unit à la Parole,
il ne me semble pas exagéré d’affirmer que l’on peut noter un dialogue
profond, visant à la compréhension de l’expérience du Mystère de Dieu.
Toutes les époques de la pensée sont liées à un type concret de
musique. Je crois qu’aussi bien la théologie que la musique peuvent
être des langages de la Transcendance.
Zenit : Vous faites allusion au « drame de l’incommunicabilité de
l’expérience de Dieu ». Pourquoi cette difficulté de « dire Dieu »
est-elle un drame ?
J.A. Piqué Car je crois, comme le signalent certains
phénoménologues, que le problème de notre époque est essentiellement
un problème de langage.
Je crois sincèrement que la question sur l’existence de Dieu est
aujourd’hui dépassée, c’est-à-dire qu’elle n’est pas le centre de la
réflexion de nombreux hommes et femmes qui au fond continuent de
chercher Dieu, mais qui cherchent à en faire l’expérience. Ils n’ont
pas besoin d’une formule ou d’une définition.
Le langage de la théologie aujourd’hui, ne favorise pas cette
recherche. Il est dramatique de voir que de nombreuses personnes
abandonnent leur relation à Dieu et la pratique religieuse car elles
ne trouvent pas de langage pour transmettre leur expérience ; de même
pour les langages pour comprendre ou vivre la foi, les langages avec
lesquels ont leur parle de Dieu ne sont pas, au moins pour elles,
adaptés. Je crois qu’à notre époque, en tant que chrétiens, et moi en
tant que théologien, j’ai l’obligation de « dire Dieu », de
transmettre mon expérience, de permettre aux autres de s’identifier à
cette expérience, d’y participer, de la rendre compréhensive.
C’est le drame de Moïse dans l’opéra de Schönberg, que j’analyse dans
ma thèse : il fait une expérience de Dieu avec qui il parle, mais il
ne trouve pas le mot juste, beau, émouvant, pour transmettre à son
peuple la grandeur de cette expérience. Son peuple préfère adorer un
dieu de métal, le veau d’or, car au moins il peut le voir et le
percevoir.
Je crois que c’est là que réside le drame de notre temps. C’est le
paradigme de la conversion de saint Augustin, l’un des théologiens que
j’analyse, qui, à travers le chant de l’Eglise, réunie, ressent une
émotion qui lui fait verser des larmes ; des larmes qui, dit-il, lui
faisaient du bien.
Zenit : Vous proposez une « parole de Dieu qui émeut ». Cette
parole est-elle la musique ?
J.A. Piqué La musique est un langage qui peut conduire à
percevoir, à comprendre un peu du Mystère de Dieu et en ce sens elle
est aussi, théologie.
L’Eglise l’a toujours adoptée comme élément fondamental de sa
liturgie. Mais aujourd’hui, je crois que même en dehors de la
liturgie, elle peut être une clé d’ouverture à la transcendance.
On pourrait citer les exemples de Taizé, ou le phénomène du chant
grégorien : ce sont deux expériences esthétiques qui ouvrent à une
expérience de la transcendance.
Cependant, comme je l’explique dans ma thèse, l’expérience qui passe
par la perception sensible n’est pas toujours univoque : la musique
déformée d’une discothèque peut conduire à l’aliénation ; la musique
d’une publicité peut conduire à une consommation impulsive.
Je crois cependant qu’une expérience esthétique peut ouvrir des
chemins dans la compréhension de la transcendance et du Mystère de
Dieu.
L’expérience esthétique peut, aujourd’hui peut-être, alors que les
discours et les mots ont perdu leur valeur, être la clé pour ouvrir
l’expérience de Dieu aux hommes et femmes de notre époque.
Cette expérience devra bien sûr être suivie d’une catéchèse et d’une
formation, mais ce serait au moins le moyen de surmonter
l’indifférence qui semble endormir le monde occidental.
Zenit : Vous citez à plusieurs reprises le théologien Joseph
Ratzinger. Quelle est sa contribution au domaine de la musique et de
la liturgie ?
J.A. Piqué Dans ma thèse j’analyse des théologiens qui, à
différentes époques, ont traité la musique comme une question
théologique. Saint Augustin, Hans Urs von Balthasar, Pierangelo
Sequeri, sont les principaux. Mais dans les écrits du théologien
Ratzinger, un bon musicien, comme nous le savons, apparaît un thème
clé à mon sens : le fondement biblique de la raison théologique de la
musique dans la liturgie.
Le pape a su baser cette compréhension sur une lecture des psaumes, le
livre biblique de la musique par excellence, et par une lecture de
saint Thomas. A partir de là, il explique comment le chant et la
musique, dans la liturgie, sont des éléments qui conduisent à une
compréhension de Dieu.
Dans mon travail j’ai élargi cette vision avec l’analyse de quelques
musiciens compositeurs qui dans leurs œuvres ont affronté quelques
questions théologiques : Tomás Luis de Victoria, Arnold Schönberg et
Olivier Messiaen.
ZF06101314
RS: pour l'auteur ...le compositeur ...le
peintre ...oui ...mais cette relation est-elle
transmissible ?... et ne situe-t-elle pas D. à l' extérieur ...dans
une création humaine .... D. est-il Silence ?
aussi Ratzinger joue-t-il du piano ... pour lui-même
... Une forme de prière .. d'adoration ..

Benoît XVI
bénit le « flambeau du dialogue », sur les pas de saint Augustin
Les « deux rives » de la méditerranée
ROME, Jeudi 2 novembre 2006 (ZENIT.org)
– Benoît XVI a béni le « Flambeau du dialogue » sur les pas de saint
Augustin.
Après la prière de l’angélus de la Toussaint, place Saint-Pierre, le
pape a salué les pèlerins italiens et en particulier un groupe portant
« Le flambeau du dialogue », « sur les pas de saint Augustin ».
Le pape rappelait que ce « flambeau » est parti de Souk-Ahras,
l’antique Thagaste, en Algérie, ville natale du Père de l’Eglise, et
ceci le 23 octobre dernier. Il est passé, expliquait le pape, par
Annaba (Hippone), dont Augustin a été l’évêque, puis Tunis (Carthage)
et Malte.
Le flambeau est arrivé en Italie à Ostie, où, rappelait Benoît XVI,
est décédée sainte Monique, mère de saint Augustin, avant d’arriver à
Rome et de repartir pour Pavie, au tombeau de saint Augustin.
« Je bénis volontiers cette initiative de l’Ordre augustinien et ce
flambeau, symbole de foi et de paix », soulignait le pape qui a choisi
de porter sur son blason la coquille renvoyant à un passage de saint
Augustin, et ceci dès son épiscopat à Munich, comme il le raconte
lui-même dans son autobiographie.
Mgr Andrea Cordero Lanza di Montezemolo explique (cf.
www.vatican.va) que cette « grande
coquille d'or » revêt en particulier cette signification théologique :
« Elle veut rappeler la légende attribué à saint Augustin qui, ayant
rencontré un jeune garçon sur une plage qui cherchait avec un
coquillage à mettre toute l'eau de la mer dans un trou de sable, lui
demanda ce qu'il faisait. Celui-ci lui expliqua sa vaine tentative, et
Augustin comprit la référence à son effort inutile de chercher à faire
entrer Dieu, qui est infini, dans l'esprit humain limité ».
Desservie par une communauté de Saint-Augustin, la
basilique Saint-Pierre au Ciel d’or, abrite le tombeau de saint
Augustin, à Pavie (www.santagostinopavia.it).
Ce « flambeau du dialogue » unit symboliquement les « deux rives de la
méditerranée ». Ses étapes en Italie seront : Allumiere,
Civitavecchia, Cagliari, Gênes, Voghera, Cassiciaco (Cassago Brianza),
Milan.
Le flambeau est attendu à Pavie dimanche 12 novembre. Son arrivée sera
marquée par un grand concert de la Chapelle Sixtine en présence de 47
ambassadeurs près le Saint-Siège de nations où est présent l’Ordre de
Saint Augustin.
L’Ordre célèbre en effet cette année ses 750 ans de fondation par le
pape Alexandre IV. En effet, explique le site Internet (en français)
de la Bibliographie Historique de l'Ordre de Saint Augustin (http://www.augustiniana.net/fr/augustijn/augustijnen.htm),
quoiqu'on parle de l'Ordre de Saint Augustin (Ordo Sancti Augustini,
OSA), le véritable fondateur n'en est pas Augustin lui-même, mais le
pape Alexandre IV.
Néanmoins, précise la même source, un lien spirituel vital relie
Augustin à l'Ordre qui porte son nom.
Le site du généralat de l’Ordre est en anglais, en espagnol et en
italien (http://www.osanet.org/homeint.htm).
ZF06110204

Dans le dialogue, éviter «
toute ambiguïté » qui affaiblirait la foi chrétienne
Allocution de Benoît XVI à l’université pontificale grégorienne
ROME, Vendredi 3 novembre 2006 (ZENIT.org)
– Dans le dialogue avec les religions, Benoît XVI recommande d’éviter
toute « ambiguïté » qui affaiblirait « le contenu esssentiel de la foi
chrétienne ».
Benoît XVI a rendu visite, ce vendredi matin à l’université
pontificale Grégorienne, l’université des Jésuites, à l’occasion de
l’inauguration de l’année académique. Le 21 octobre dernier, le pape
s’était rendu pour la même occasion, à l’université du Latran.
Accueilli par le grand chancelier, le cardinal Zénon Grocholewski, le
pape s’est tout d’abord recueilli dans la chapelle des étudiants, et
s’est ensuite adressé à eux, au corps enseignant et aux bienfaiteurs
de l’université, dans le vaste atrium, rendu très lumineux par sa
fameuse verrière.
Le cardinal Ratzinger a lui-même enseigné à la Grégorienne, comme il
l’a rappelé : il y a donné, en 1972, un cours sur l’Eucharistie.
Le pape a été notamment accueilli par la salutation du P. Gianfranco
Ghirlanda, sj, spécialiste en droit canonique, recteur, et par celle
du représentant des étudiants, le P. P. Bryan Lobo.
Dans son allocution, le pape a rappelé le caractère indispensable du
dialogue interreligieux : « On ne peut faire abstraction, disait le
pape, de la confrontation avec les autres religions ».
Mais Benoît XVI avertissait que ce dialogue n’est « constructif » qu’à
condition que l’on « évite toute ambiguïté » qui pourrait « affaiblir
le contenu essentiel de la foi chrétienne dans le Christ, unique
Sauveur de tous les hommes, et dans l'Eglise, nécessaire sacrement du
salut pour l'humanité ».
Pour ce qui est du travail des professeurs et des étudiants, le pape a
précisé que « la fatigue de l'étude et de l'enseignement a un sens,
par rapport au Royaume de Dieu, si elle est soutenue par les vertus
théologales ».
« L'objectif immédiat de la science théologique, rappelait le pape,
(…) est Dieu lui-même, qui s'est révélé en Jésus Christ, Dieu avec un
visage humain ».
Le pape invitait les uns et les autres à « tenir compte de la
confrontation avec les cultures séculières, qui dans de nombreuses
parties du monde tendent toujours plus à nier tout signe de la
présence de Dieu dans la vie de la société et de l'individu », mais
aussi cherchent à entamer « la capacité de l’homme à se mettre à
l'écoute de Dieu », et ceci « par différents moyens qui désorientent
et cachent la juste conscience de l'homme ».
En même temps, faisait observer Benoît XVI, les autres sciences
humaines – la psychologie, les sciences sociales, la communication –
qui « concernent plus précisément l'homme » ne peuvent être «
dissociées de la référence à Dieu ». Le pape soulignait que l’homme «
ne peut être pleinement compris si on ne le reconnaît pas comme ouvert
à la transcendance ».
Le pape ajoutait : « Privé de sa référence à Dieu, l'homme ne peut pas
répondre aux questions fondamentales qui agitent et agiteront toujours
son coeur sur la finalité de son existence et donc sur son sens. Par
conséquent il ne lui est pas possible de transmettre à la société ces
valeurs éthiques qui seules peuvent garantir une cohabitation digne de
l'homme. Le destin de l'homme sans sa référence à Dieu ne peut être
que la désolation de l'angoisse qui conduit au désespoir ».
En positif, le pape expliquait : « Ce n’est que dans sa référence au
Dieu-Amour, qui s'est révélé en Jésus Christ, que l'homme peut donner
un sens à son existence et vivre dans l'espérance ».
« L'espérance fait que l'homme ne s’enferme pas dans un nihilisme
paralysant et stérile, mais s'ouvre au don généreux de lui-même dans
la société dans laquelle il vit pour pouvoir l'améliorer ».
Enfin, le pape rappelait qu’une université ecclésiastique pontificale
est un « centre académique destiné à ‘sentire in Ecclesia et cum
Ecclesia’, dans l’Eglise et avec l’Eglise ». Cet engagement,
soulignait le pape, « naît de l'amour pour l'Eglise, notre Mère et
Epouse du Christ ».
Benoît XVI a ensuite visité le centre de congrès « Matteo Ricci », et
il y a salué la communauté religieuse des jésuites.
ZF06110302
texte hébergé
en oct 06
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http://www.zenit.org/article-18626?l=french
Rencontre avec l’auteur
ROME, Jeudi 21 août 2008 ( ZENIT.org)
- « L'éducation pour Edith Stein est cet art suprême dont l'Esprit
Saint est le maître et dont l'homme est l'humble collaborateur »,
explique Eric de Rus, professeur agrégé de philosophie, qui vient de
publier un second volume intitulé « L'art d'éduquer selon Edith
Stein. Anthropologie, éducation, vie spirituelle » (Cerf, Ed. du
Carmel, Ad-Solem). Il avait publié au Cerf un volume intitulé : «
Intériorité de la personne et éducation chez Edith Stein »
(2006). Pour les lecteurs de Zenit, il explique l'enjeu de cette
recherche, au moment où Benoît XVI a indiqué l'éducation comme une
priorité dans son diocèse, à Rome.
Zenit - Eric de Rus, comment vous est venu cet intérêt pour un
aspect de la vie et de l'œuvre d'Edith Stein jusqu'ici peu mis en
lumière : Edith Stein en tant qu'éducatrice ?
Eric de Rus - Comme la plupart des lecteurs
français d'Edith Stein - et même sans doute plus largement - je
connaissais surtout cet auteur à travers ses textes spirituels. A un
degré moindre, certaines de ses œuvres philosophiques avaient retenu
mon attention. Ma formation en philosophie et mon engagement
professionnel en tant qu'enseignant m'ont rendu particulièrement
sensible à un aspect beaucoup moins connu de la vie d'Edith Stein
avant son entrée au Carmel : à savoir sa préoccupation pour les
questions éducatives. En faisant mieux connaissance avec sa vie et
son œuvre,j'ai progressivement réalisé qu'il y avait là une
dimension capitale de son message. N'oublions pas que dès sa
formation universitaire à Breslau (1911-1913) Edith Stein
s'intéresse aux « grandes questions de l'éducation » sans les
séparer de « la pratique de l'enseignement ». Intérêt qui persiste
les années suivantes durant ses études à l'université de Göttigen.
Après sa conversion, et avant d'entrer au Carmel de Cologne, elle
aura un double engagement d'enseignante et de conférencière. Enfin,
une fois au Carmel, Edith Stein met en lumière la pédagogie de la
sainte réformatrice, Thérèse d'Avila. Ses textes spirituels
eux-mêmes témoignent de cet intérêt pour l'éducation dont elle
approfondit la signification pour en dévoiler la dimension
proprement mystique. Il est donc clair qu'Edith Stein a quelque
chose à nous dire en la matière !
Zenit - Récemment vous avez consacré un second
ouvrage à cette question : « L'art d'éduquer selon Edith Stein.
Anthropologie, éducation, vie spirituelle ». A presque trois
années d'intervalle, qu'apporte cette seconde publication ?
Eric de Rus - Comme je le précise dans
l'introduction de cet ouvrage, qui ouvre une nouvelle collection
consacrée à Edith Stein, je m'étais surtout appliqué dans le premier
ouvrage à mettre en évidence l'unité de la démarche existentielle,
philosophique et spirituelle de cet auteur, en montrant qu'il
existait chez elle une relation vitale entre l'anthropologie,
l'éducation et la vie spirituelle. Sur cette base, il m'est apparu
nécessaire d'entrer beaucoup plus précisément dans la signification
de ce rapport. Pour cela j'ai choisi, dans ce second ouvrage,
d'explorer les textes (conférences en particulier, ainsi que la
correspondance) de la période de la vie d'Edith Stein consacrée à la
réflexion et à la pratique éducatives (1923-1933). Mon souci, comme
le fait si justement remarquer Marguerite Léna dans la préface de
l'ouvrage, fut de « restituer à ces textes divers leur cohérence
intime et leur enracinement dans la pensée philosophique et
l'expérience mystique de leur auteur ». Ainsi « la réflexion sur
l'éducation » apparaît chez Edith Stein comme « le point focal où
viennent s'unifier son anthropologie, sa fréquentation de la
tradition spirituelle et mystique, de saint Augustin à Thérèse
d'Avila et Jean de la Croix, et son expérience personnelle des voies
de Dieu. »
Zenit - Pourriez-vous préciser l'importance du
lien entre « intériorité » et « éducation » ?
Eric de Rus - Ce lien est en effet crucial.
Ce qui m'a saisi, dans la fréquentation priante d'Edith Stein, c'est
que la respiration de sa pensée et de sa vie - car chez cette
dernière les deux sont entièrement unifiées - réside dans un double
mouvement : celui d'une intériorisation et d'une élévation.
C'est sur cette intuition que j'ai construit mon second ouvrage.
Pour répondre de manière à la fois concise et claire à votre
question, je dirai ceci : à partir du moment où l'on conçoit
l'éducation comme une « formation de l'être humain tout entier avec
toutes ses forces et ses capacités en vue de ce qu'il doit
être », alors cela suppose une certaine idée de l'homme. Comme
l'écrit Edith Stein, « tout travail éducatif qui s'efforce
de former des hommes s'accompagne d'une conception précise de
l'homme, de sa place dans le monde et de sa mission dans la vie,
ainsi que des possibilités pratiques offertes pour le former ». En
d'autres termes la tâche éducative se fonde sur une anthropologie.
Il m'a donc fallu mettre en lumière les éléments fondamentaux de la
vision steinienne de la personne humaine. Edith Stein envisage
l'homme comme une unité de corps, d'âme et d'esprit et montre que
l'homme possède une intériorité inviolable qui est le fondement de
sa dignité, l'espace sacré de la rencontre avec Dieu et,
inséparablement, le lieu de la conscience depuis lequel peuvent
s'élever de libres décisions et un authentique dialogue avec le
monde. Former un homme, c'est avoir l'audace de servir cette
intériorité. Edith Stein donne une formulation très lumineuse de ce
lien entre intériorité et éducation lorsqu'elle écrit : « c'est la
vie intérieure qui est le fondement ultime : la formation se fait de
l'intérieur vers l'extérieur. »
Zenit - Benoît XVI a demandé à son diocèse de
Rome de se pencher ce domaine urgent de l'éducation, dans une lettre
où il insiste sur cette tâche de tout chrétien... vous y voyez aussi
une urgence pour notre temps ?
Eric de Rus - Oui, j'en suis très intimement
convaincu. Edith Stein s'était elle-même mise à l'écoute de l'Eglise
dans sa mission éducatrice. Ainsi, elle se réfère, par exemple, dans
l'une de ses conférences sur la « Formation de la jeunesse à la
lumière de la foi catholique » (1933) à la lettre encyclique de Pie
XI du 31 décembre 1929 sur l'éducation chrétienne de la jeunesse (Divini
illius magistri). L'insistance de Benoît XVI sur l'éducation, tout
comme le récent document de la Congrégation pour l'éducation
catholique intitulé « Eduquer ensemble dans l'école catholique.
Mission partagée par les personnes consacrées et les laïcs » (sept.
2007) n'est pas un hasard. Le défi actuel est bien un défi
anthropologique : qui est l'homme, qu'est-ce que vivre
authentiquement dans le sens de son être ? Or cela nous situe
précisément au cœur de la mission éducative qui est au service du
meilleur de la personne. Car éduquer c'est accompagner le
déploiement intégral d'une humanité dans le respect de sa vocation
naturelle et surnaturelle. Ce n'est qu'à ce prix que la soif de
sens, qui caractérise la personne humaine, se trouve honorée.
Zenit - Quel est, selon Edith Stein, le
témoignage que l'éducateur est appelé à donner et en quoi ce
témoignage peut rejoindre toute personne ?
Eric de Rus - Le témoignage que l'éducateur est appelé à
offrir est essentiellement celui d'un service de la dignité et de la
beauté de toute personne humaine. Comme le disait Jean-Paul II, il
s'agit d'un authentique service de l'humanité que de « découvrir et
faire découvrir la dignité inviolable de toute personne humaine ».
Cela « constitue une tâche essentielle et même, en un certain sens,
la tâche centrale et unifiante du service que l'Eglise, et en elle
les fidèles laïcs, est appelée à rendre à la famille des hommes »
(Les fidèles laïcs, § 37). L'éducation pour Edith Stein est cet art
suprême dont l'Esprit Saint est le maître et dont l'homme est
l'humble collaborateur. A partir de cela, la tâche spécifique qui
incombe à l'éducateur est double : tout d'abord assurer à ce service
de solides assises anthropologiques, puis réfléchir à la manière de
réaliser concrètement ce geste anthropologique intégral qu'est
l'acte éducatif.
A la question de savoir en quoi ce témoignage rejoint toute
personne, je dirai que nul ne peut, s'il veut vivre humainement et
avec toute la plénitude possible, éviter de s'interroger sur ce
qu'Edith Stein appelle « donner forme à sa vie ». J'ajouterai enfin
que l'art d'éduquer selon Edith Stein ouvre au chrétien des
perspectives intérieures immenses, en le ramenant au cœur de sa
grâce baptismale. Edith Stein nous rappelle en effet que l'homme ne
devient pleinement humain que s'il court le risque de la seule
grande aventure : celle de la sainteté qui est l'œuvre de l'Esprit
Saint. Et l'on ne devient pas saint pour soi, mais pour l'humanité.
Car celui qui se livre à l'action éducatrice de l'Esprit et qui se
laisse configurer au Christ participe mystérieusement à son œuvre de
salut en consacrant le monde à Dieu.
Propos recueillis par Anita S. Bourdin
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